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Inferno, 2022 vidéo, 1 minute 13
"Ces passages, invention récente du luxe industriel, sont des galeries couvertes de verre, revêtues de marbre, qui traversent des blocs entiers d’immeubles dont les propriétaires se sont groupés pour de telles spéculations. De chaque côté de ces galeries, qui reçoivent le jour d’en haut, sont alignés les magasins les plus élégants, de sorte qu’un tel passage est une ville, un monde en miniature. » — Guide illustré de Paris, 1850
Dans ces galeries couvertes, d’innombrables commerces de bouche, restaurants, gadgets, souvenirs, produits dérivés et articles de prêt-à-porter rythment la promenade des passants. C'est un labyrinthe où s'exhibent aussi bien la foule que la marchandise. Ces rues commerçantes ne sont ni tout à fait à l'extérieur, ni tout à fait à l'intérieur de la ville. Elles font office de seuils, de lieux de rêverie où le temps et la conscience du flâneur sont altérés pour contrer l'expérience du choc de la grande ville. En effet, ces rues, nées de l’architecture de fer et de verre, sont avant tout un refuge contre l'expérience inhospitalière et aveuglante caractéristique des mégapoles. Les transformations engendrées par la modernité et la sphère marchande ont réifié l'espace urbain. Les habitants de la ville ne s'y sentent plus chez eux ; ils commencent à prendre conscience de l'inhumanité de la grande cité.
Seuil, zone tampon, zone de rêve ; le passage est un lieu où se superposent plusieurs mémoires et états de conscience (rêve, éveil, prise de conscience). La mémoire volontaire, celle du chaos de la marchandise et de la publicité, côtoie l'inconscient collectif, l'Idéal et l'Utopie. La mémoire collective est un composé de vérité et de trahison, d'utopie authentique et d'utopie fantasmagorique, nourrie par le rêve de la marchandise. L'architecture du passage est la réification de cette pensée, et elle est ainsi le témoignage du rêve collectif.
Les passages apparaîtraient alors comme une antichambre de l'éveil collectif, où les images dialectiques se révèlent dans leur double sens : l'un tourné vers le mythe et l'archaïque, l'autre tourné vers la promesse du progrès social. L'éveil du collectif apparaît alors comme une synthèse d'une conscience rêveuse et l'antithèse de la conscience éveillée.
Ce projet artistique, conçu comme un triptyque, a pour mission de présenter ces différentes formes de mémoire qui bercent les foules et circulent au sein des passages parisiens.